La production du premier steak constitué de viande «fabriquée» en laboratoire annonce-t-elle l’aube d’une ère révolutionnaire pour les produits carnés?
Le Temps a donc presque goûté pour vous le premier steak constitué de viande «fabriquée» en laboratoire, par des chercheurs hollandais. Cet événement culinaro-médiatico-scientifique annonce-t-il l’aube d’une ère révolutionnaire dans la production de produits carnés?
Contrairement aux idées reçues, l’acceptation par le public de cette «viande in vitro» ne sera pas impossible, ni même difficile, pour autant que son aspect général soit similaire à ce qui existe aujourd’hui. Nombre de consommateurs restent en effet très éloignés des produits qu’ils ingèrent. Qui s’est déjà plongé dans la composition exacte des insipides saucisses recomposées vendues sous vide?
Les tenants de la viande in vitro devront toutefois revoir et affûter leurs arguments.
Ils disent par exemple que leur invention permettrait d’aider à satisfaire la demande globale en viande, qui doublerait d’ici à 2050. Mais le dernier rapport de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) indique que la grosse partie de la croissance prévue, en Chine et au Brésil surtout, semble avoir déjà eu lieu. Autre argument: la viande de laboratoire ferait baisser les émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont les ruminants sont en partie responsables. Cette critique est surtout valable en Amérique du Nord, où l’élevage est très intensif. Ailleurs, ces émissions d’origine bovine sont moindres.
Enfin, ils prétendent que cette invention réduirait drastiquement les ressources (énergie, eau, espaces agricoles) nécessaires à l’élevage d’animaux de rente. L’analyse de cycle de vie (ACV) complète de la viande in vitro, qui prend en compte, pour un objet donné, tous les matériaux de base et l’énergie qu’il a fallu pour la produire (ici, les infrastructures de laboratoires, les substances utilisées dans l’expérience ainsi que leur production, etc.), reste à mener. Ce bilan global risque de donner une autre image de ce produit hautement technologique. Faire paître des vaches est certes énergivore, mais de simples prairies et de l’eau suffisent à produire de la viande.
Cette nouvelle méthode, très complexe et dont les paramètres doivent être minutieusement gérés, est surtout confrontée à une difficulté majeure: est-elle transposable à très grande échelle? Et à des coûts concurrentiels? Oui, d’ici à vingt ans, prédisent ses pères, car le défi ne serait plus scientifique mais simplement technologique. Pas si vite: le passage à la production industrielle constitue justement l’écueil qui a mis en échec, ou tout au moins longuement retardé, de nombreuses inventions prometteuses. Il faudra probablement encore beaucoup de temps et d’argent avant que n’advienne, après la chasse et l’élevage, la troisième révolution dans l’exploitation de viande animale.
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