C’est ce 1er septembre 2024 qu’est entré en vigueur l’Ordonnance fédérale interdisant la vente et le partage de 53 plantes invasives. Parmi elles, le palmier du Tessin, très apprécié par le grand public. Une interdiction jadis controversée, au point que cet espères a même failli passer entre les mailles du filet pour un raison étonnante, découverte par des biologistes des Jardins botaniques de Genève.
Facile à cultiver et à planter, s’adaptant bien à nos climats, et très apprécié pour le côté « vacances » qu’il rappelle, Trachycarpus fortunei a tout pour lui. Ou pour elle.
Car le palmier chanvre, aussi appelé palmier du Tessin, intrigue pour une autre raison: « Ce palmier se caractérise par le fait qu’il y a des plants mâles et de plants femelles », explique Yamama Naciri, conservatrice aux Jardins botaniques de Genève.

Avec donc des fleurs à peine différentes, les premières venant féconder les secondes. Mais comment ? « On ignore beaucoup de chose, répond la scientifique. Mais effectivement, cela passe par le vent, et par des insectes polinisateurs, comme les abeilles. »
Mais voilà : cet arbre a aussi un gros défaut : il est très envahissant. Au Tessin notamment. Au point d’avoir été placé en 2023 par la Confédération sur la liste des espèces invasives interdites à la vente dès ce 1er septembre 2024.
De quoi faire bondir les pépiniéristes, tant le commerce des palmiers était profitable. La branche, soutenue par le canton de Zurich, avait alors tenté d’utiliser cette dualité de sexe des palmiers, pour continuer à vendre des mâles seulement, en soulignant, lors de la mise en consultation de l’Ordonnance fédérale en mars 2023, que «il fait sens d’interdire la mise en circulation du palmier chanvre femelle uniquement (Trachycarpus fortunei), car ce sont uniquement les graines produites par les plants femelles qui posent un risque avéré de dissémination dans l’environnement : la branche a de gros problèmes à renoncer complètement à cette espèce très appréciée!»
Phénomène non négligeable
Pas si vite, disent les chercheurs des Jardins botaniques genevois. Qui montrent en laboratoire qu’il faut bien interdire les deux sexes, grâce à une observation étonnante : « On savait déjà que les plants mâles, dans certaines conditions, pouvaient fabriquer des fleurs femelles, s’autoféconder, et produire des graines tous seuls, dit Yamama Naciri. Mais on ne savait pas quel était le mécanisme. Les travaux d’un étudiant en master, Antoine Jousson, ont permis de montrer que les mâles sont beaucoup plus variables génétiquement que les femelles, et que cela explique probablement leur capacité à produire des fleurs femelles. »
Et cette propriété concernerait 15% des plants mâles. Yamama Naciri: « Et cela, c’est non négligeable pour le phénomène d’invasion. Ca veut dire que les mâles sont autonomes et qu’ils peuvent, tout seuls, coloniser de nouveaux espaces. » De quoi justifier le bannissement complet des étals des pépinières. Au grand dam de ceux qui voulaient donner un air de riviera à leur jardin.