Le Soleil atteint son pic d’activité en cette deuxième moitié d’année 2024. Avec des conséquences pour les réseaux électriques sur Terre et les satellites autour d’elle. Les scientifiques sont aux aguets, qui profitent de cette période pour tenter de mieux comprendre le fonctionnement de l’astre.
Depuis, 4 milliards et demi d’années, le Soleil chauffe et éclaire la Terre. De quoi y faire apparaître la vie. Une énergie dégagée par la fusion des atomes d’hydrogène qui composent cette boule de gaz. Mais le Soleil a une activité qui varie, comme l’explique Patrick Eggenberger, astrophysicien à l’Université de Genève et spécialiste du Soleil : « Depuis des décennies, les scientifiques observent la surface du Soleil. Et sur cette surface, on observe parfois des petites taches un petit peu plus sombre. Le nombre de ces taches évolue au cours du temps et atteint un nombre maximal tous les onze ans. Et actuellement, nous sommes très proche de ce nombre maximal, qui devrait être atteint d’ici cinq à six mois. »
L’apparition de ces taches s’explique par l’activité interne de l’astre : « Sous la surface du Soleil, la matière est extrêmement turbulente, similaire à ce que l’on voit dans une casserole d’eau en ébullition, image Patrick Eggenberger. En plus cette matière est en rotation car le Soleil tourne sur lui-même. Cette matière est électriquement chargée, et ces mouvements de particules chargées vont créer des champs magnétiques. Ces champs magnétiques vont pouvoir être poussé vers la Surface par ces bulles de gaz chaud, comme dans la marmite d’eau en ébullition. Et lorsqu’elles entrent en intersection avec la surface, elles créent une tache solaire. «
Exactement aux endroits des taches solaires se créent alors des bulles de champ magnétiques portant des particules chargées, que les scientifiques appellent « tempêtes géomagnétiques ». Elles s’ajoutent au vent solaire, ces émissions de particules chargées que le Soleil génère en permanence.
Tempêtes à vitesse phénoménales
Ces tempêtes solaires traversent l’espace à la vitesse phénoménale de quelques milliers de killomètres par secondes, pour finalement atteindre la Terre, distance de près de 150 millions de km. Notre planète est elle-même protégée par son propre champ magnétique. Mais lorsque ces bouffées de vent solaire parviennent tout de même à s’infiltrer dans le champ magnétique terrestre en suivant ses lignes, en direction des pôles terrestres, il interagit avec les gaz présents dans l’atmosphère terrestre (oxygène et azote essentiellement). Ces gaz sont excités, ionisés comme disent les scientifiques. En retrouvant leur état normal, les atomes d’oxygène et d’azote émettent de la lumière : cela ces exceptionnelles aurores boréales que l’on a pu observer dans la nuit du 10 mai 2024 en Suisse et dans toute l’Europe. Un phénomène d’une intensité jamais vue depuis 2003.
Ce même champ magnétique du Soleil expliquerait aussi un autre de ses mystères : la surface de l’astre est à 5800 degrés alors que son atmosphère, sa couronne, située pourtant à distance, et que l’on distingue très bien lors des éclipses totales de Soleil sur Terre (comme celle de mars 2024 aux Etats-Unis), atteint le million de degrés! Une observation a priori contre-intuitive, car l’on s’attendra à ce que la température baisse en s’éloignant du Soleil. « Cela signifie qu’il y a une source d’énergie supplémentaire pour chauffer cette couronne, assure Patrick Eggenberger. Cette source d’énergie supplémentaire est liée au champ magnétique qu’on a évoqué précédemment. Mais le mécanisme exact de chauffage est encore mal connu. »
Lever le voile avec deux sondes
Pour lever entièrement ce voile, deux sondes, l’une européenne, Solar Orbiter, l’autre américaine, Parker Solar Probe scrutent actuellement ensemble le Soleil. A distance pour la première. Et la seconde en plongeant régulièrement dans cette couronne solaire. En décembre prochain, elle passera à seulement 6 millions de km de l’astre, l’équivalent de 4% de la distance Terre-Soleil – un record de proximité !
En couplant les données de ces deux engins spatiaux, les scientifiques espèrent alors définitivement révéler tous les secrets de notre étoile.